Sophie Boulanger: une femme qui voit loin

La cofondatrice de BonLook fait le bonheur de ses clients dans 50 pays avec ses lunettes vendues en ligne à prix imbattables.

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De belles lunettes avec des verres correcteurs pour 129 dollars ou moins? Voilà la proposition de BonLook, détaillant québécois en ligne fondé en 2011. Sophie Boulanger, la cofondatrice, veut en faire l’«Aldo des lunettes», avec une présence internationale et en intégrant toutes les facettes de leur fabrication et de leur distribution.

L’entrepreneure de 34 ans ne manque pas d’ambition et elle est fière des pas accomplis jusqu’ici. «Nous avons doublé nos ventes cette année et nous comptons des clients dans 50 pays. Après les États-Unis et le Canada, c’est en Australie que nous vendons le plus de lunettes», dit-elle.

BonLook surfe sur trois tendances du commerce: l’intégration verticale (le détaillant chapeaute tout le processus, de la conception à la vente), l’accès direct aux consommateurs (en court-circuitant les intermédiaires) et le commerce électronique.

Comme Aldo le fait avec les chaussures et les bottes, BonLook dessine, fait fabriquer et vend ses lunettes pour une fraction du prix exigé en magasin. Les lentilles sont fabriquées par la française Essilor, numéro un mondial des verres correcteurs.

Sophie Boulanger en a eu l’idée lors d’un stage chez Luxottica, autre numéro un mondial, mais des montures cette fois (Ray-Ban, Persol, Oakley, Prada, Armani, Chanel…), pendant ses études de MBA à Milan, en 2005.

«Je n’en revenais pas comme le coût de fabrication des lunettes était peu élevé, en comparaison du prix facturé aux consommateurs. La technologie pour fabriquer des lentilles a beaucoup évolué, mais les consommateurs n’en profitent pas», dit-elle.

Si les lunettes sont si chères, c’est qu’il y a beaucoup d’intermédiaires. «C’est un secteur très fragmenté, comparativement à d’autres, et dominé par un grand nombre de petits détaillants», dit-elle.

Le commerce électronique est en train de perturber le marché. Le lunetier en ligne américain glassesUSA.com promet des économies de 70 % sur les prix moyens en magasin, et le site français directoptic.fr vend montures et verres correcteurs pour 39 euros, antireflets et antirayures compris.

Au Québec, la loi stipule que le commerce des lunettes est réservé aux optométristes et opticiens. BonLook n’avait le droit d’y vendre que des verres solaires. Pendant trois ans, l’entreprise montréalaise réalisait donc 90 % de ses ventes à l’étranger. Le problème a été résolu en juin 2014, quand BonLook s’est associée à un optométriste du Québec.

La concurrence internationale sur le Web est vive, mais cela ne semble pas trop déranger Sophie Boulanger. Le marché est immense, fait-elle remarquer, car 75 % de la population a besoin un jour ou l’autre de verres correcteurs. «Nos bas prix permettent aussi à nos clients, spécialement les jeunes femmes, d’avoir différents modèles, pour un meilleur agencement avec leurs vêtements ou leur coiffure», dit-elle.

Voici comment cela fonctionne. Vous envoyez votre ordonnance sur le site de l’entreprise et vous choisissez une monture qui convient à votre visage. Comment ? En téléchargeant une photo ou en utilisant la caméra Web. Celle-ci a l’avantage de permettre aux experts de BonLook de mesurer la distance entre les pupilles pour un réglage précis.

Pas encore rassuré? BonLook est en train d’ouvrir de petits points de service pour traiter des ordonnances plus complexes, faire les ajustements après-vente, effectuer la prise de mesures ou simplement donner la possibilité d’essayer des montures.

Voilà une quatrième tendance: des détaillants virtuels comme Frank & Oak et BonLook ouvrent des boutiques pour interagir physiquement avec leurs clients. Le cybercommerce ressemble de plus en plus… au commerce.